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Oui aux bagarres dans la LNH

Photo Bob Frid/USA Today sports
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Comme toutes les batailles, le règlement de comptes entre Joel Edmundson et Tyler Myers samedi dernier, lors de l’affrontement entre le Canadien et les Canucks, a fait réagir les journalistes. Alors que ces derniers décrient pour la plupart ce genre d’agissements ainsi que la réticence de la Ligue nationale à punir ces gestes, leurs arguments sont, hélas, incohérents.  

Les coups à la tête 

Argument principal pour l’abolition des bagarres, celui des coups à la tête en est un solide. L’idée de protéger le cerveau des joueurs s’impose comme un incontournable dans une époque où la science découvre une à une les conséquences à long terme. Jusqu’à là tout va bien.  

Le problème c’est que ces individus pour qui l’on se fait du souci, sont, pour reprendre l’expression, majeurs et vaccinés. Ceux qui courent le risque de blessures et de conséquences à long terme, ce sont les joueurs. Et puisqu’ils sont tous majeurs, personne n’a le droit de décider pour eux.   

En 2011, l’Association des joueurs de la LNH a posé à ses membres la question de l’abolition des bagarres. Les joueurs ont voté « non » dans une proportion de 98%. Les joueurs connaissent les risques et ils les acceptent.  

Si nous suivions l’avis de la médecine, les sports de contact tel que le hockey, le football américain et le rugby seraient tout simplement interdits, ou à tout le moins largement dénaturés. Pourtant, aucune critique des batailles n’a jamais suggéré de suivre au pied de la lettre les recommandations des experts en santé pour ces sports.

Il ne revient ni aux médecins, ni aux politiciens, ni aux journalistes de décider du degré de risque pris par des adultes dans le cadre d’un sport professionnel. Les joueurs et seulement les joueurs devraient déterminer ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.  

Le chaos 

Abolir les batailles limiterait dans une certaine mesure les coups à la tête. Cependant, cela ouvrirait la porte à une multitude de coups bas et de vengeances sommaires. Incidemment, aucun joueur ne remet en question cette théorie. Les seuls à en douter sont ceux qui observent de loin.  

Prenons la mise en échec de Tyler Myers sur Joel Armia. Pour plusieurs joueurs, la pénalité d’inconduite de partie décernée avec 2:28 à écouler au match était une conséquence trop faible. Admettons que l’option d’une bataille n’existe pas. Le match suivant se serait déroulé dans la conviction absolue que les joueurs du Canadien auraient cherché par tous les moyens à venger leur coéquipier. On parle ici de coups de bâton, de bousculades après le sifflet, possiblement de mises en échec par derrière ou même pire.

Croyez-vous une seconde que Myers et ses coéquipiers auraient accepté tout ça sans broncher ? Inévitablement, les coups bas se seraient succédés d’un côté comme de l’autre.  

Protéger les joueurs étoiles 

Les joueurs étoiles bénéficient de la protection d’une loi non-écrite : on ne tente pas de mise en échec retentissante sur les meilleurs joueurs. D’où, à votre avis, provient cette entente ? Peut-être partagez-vous avec Jean-Jacques Rousseau cette conviction que la nature a fait l’homme heureux et bon. Néanmoins, la réalité du sport est tout autre.  

Au hockey, ce sont les mots de Thomas Hobbes qui résument le mieux la situation : « L’homme est un loup pour l’homme ». Sans le spectre d’une reddition de comptes, l’idée d’asséner une mise en échec légale, mais brutale, à un McDavid ou un MacKinnon devient soudain intéressante.  

Le hockey n’est pas le football 

On retrouve souvent la comparaison avec le football américain pour illustrer que dans un sport plus violent que le hockey, les batailles soient inexistantes. Il s’agit là d’un exercice absurde. Au football, chaque jeu représente une opportunité de plaquer ou pousser son adversaire. Chaque jeu offre la possibilité de se venger. Les esprits qui s’échauffent peuvent se défouler dans les secondes qui suivent.  

Argumenter qu’au hockey c’est à ça que servent les mises en échec, témoigne d’une incompréhension profonde. Au hockey professionnel, contrairement à la croyance populaire, il n’est pas si facile de plaquer un joueur. Même ceux dont c’est l’unique travail distribuent beaucoup moins de coups d’épaule que l’on pourrait croire.   

Ryan Reaves, meneur à ce chapitre l’an passé, affichait une moyenne de 4,5 mises en échec par match. Jeff Petry, détenteur du premier rang chez le Canadien, atteignait les 2,5 mises en échec par partie. En 2021, plaquer un adversaire c’est surtout prendre le risque de se sortir du jeu. La rapidité constitue, plus que jamais, l’un des piliers du sport. C’est ce qui nous amène au dernier point.  

Les gladiateurs ont disparu 

Vitesse du jeu oblige, les bagarreurs n’existent plus. Le nombre de bagarres a chuté drastiquement et les affrontements entre gladiateurs ne sont plus qu’un souvenir. De nos jours lorsque deux adversaires veulent en découdre, plus souvent qu’autrement c’est le résultat d’une animosité mutuelle.  

Qui plus est, rares sont ceux qui jettent régulièrement les gants. Cette anxiété d’avant-match, ces nuits sans sommeil, les mélanges d’alcool et de médicaments, toutes ces conséquences ne sont heureusement plus d’actualité. Au cours des dernières années, la moyenne de combat par partie est descendue à environ 0,2.  

Ainsi, les batailles ne représentent plus un fléau pour la LNH. De plus, leur présence dans le sport ne concerne que les athlètes. Eux seuls peuvent déterminer les risques qu’ils acceptent. Nous pouvons débattre et alimenter la réflexion, mais le dernier mot leur revient. 

Admin Pat
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