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Le Canadien, une des pires équipes de la ligue pour développer des jeunes joueurs?

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Récemment, un sondage de the Athletic effectué auprès de 25 recruteurs de la LNH (ICI) a mis en cause la compétence des Canadiens de Montréal et de Trevor Timmins, en poste depuis 2002.

Plus précisément, les 25 recruteurs ainsi interrogés dans l’article s’entendent pour placer le Tricolore parmi les 3 pires équipes des dernières années, avec Detroit et Edmonton, lorsqu’il s’agit de la capacité à non seulement identifier le talent des jeunes joueurs mais aussi à favoriser son développement.

Cette opinion est celle de professionnels, et basée sur leurs opinions et expériences, mais qu’en est-il réellement? Le Canadien est-il vraiment si mauvais que cela par rapport au reste de la ligue nationale?

Bon, l’entrée en scène peut-être prématurée de Kotkaniemi avec le Canadien en 2018 et les événements ayant mené à son départ vers la ligue américaine l’an passé sont autant d’erreurs de la part des haut-placés du Tricolore. Mais ces incidents ne sauraient être à eux seuls suffisants pour prouver ou infirmer une éventuelle incompétence de Timmins et du Canadien en la matière. Non, il nous faut creuser plus loin.

Quelques critères de base à définir avant tout

Pour tenter d’évaluer les dires du sondage le plus objectivement possible, il a été primordial d’observer l’historique du repêchage des Canadiens de Montréal (HockeyDB) en relation avec celui de toutes les autres équipes de la LNH (HockeyDB).

À des fins de cohésion en-devers de l’article portant sur le travail récent de Timmins et du Canadien, ce ne sont que les événements des dix dernières années (2010-2020) qui ont ainsi été observés et analysés.

De même, puisque la capacité à évaluer le talent et le développement des jeunes joueurs après leur intégration ne peuvent être dissociés, le principal critère du succès d’une équipe reste le nombre de leurs espoirs qui sont devenus des joueurs réguliers dans la LNH (plus de 100 matchs joués), et les joueurs d’impact sélectionnés (joueurs de deuxième trio, seconde paire de défenseurs, gardien de but partant, etc.).

Incidemment, la position des choix au repêchage, le nombre d’échecs retentissants (sélections qui n’ont pas même signé de contrats, ni joué dans la AHL) ont aussi leur importance dans cette instance.

Un rendement somme toute très décevant en première ronde du repêchage

En comparant attentivement les repêchages de Montréal avec ceux du reste de la ligue de 2010 à 2020, il apparaît tout de suite que le Canadien s’est bien mal débrouillé en première ronde par rapport au reste de la LNH.

En outre, si on ne considère que la période de 2010 à 2015, Montréal a facilement la pire cuvée de toute la ligue, avec Galchneyuk comme meilleure sélection.

Bref, que ce soit au niveau de la quantité d’espoirs à se qualifier pour la ligue nationale, ou encore la qualité des joueurs obtenus, le CH fait très mauvaise figure en la matière durant cette période.

Graphique courtoise de Jokke Nevalainen, dobberprospects.com, 2020.

Bien qu’il faille tout de même faire attention avec ces chiffres, comme toutes les statistiques, ils indiquent une tendance selon laquelle environ 3/4 de tous les choix de première ronde joueront au moins 100 matchs dans les ligues majeures. Un pourcentage dont n’est même pas proche le CH à titre de référence.

Juste dans les 10 dernières années, Tinordi (22e, 2010), McCarron (25e, 2013) et Scherbak (26e, 2014) ont été des échecs lamentables pour le Canadien. Et ce bilan demeure très négatif malgré le fait que ces derniers étaient tous des choix de première ronde assez tardifs, donc des déceptions plus compréhensibles.

À ces déboires s’ajoutent la blessure de Juulsen (25e, 2015), qui lui a coûté beaucoup de temps de développement et pourrait en définitive lui coûter sa carrière, la médiocrité et le manque de sens du jeu de Beaulieu (17e, 2011), sans oublier les récentes mésaventures de Galchenyuk (3e, 2012) avec l’Arizona, puis Pittsburgh et Minnesota.

Ce n’est qu’avec Sergachev en 2016 que les choses commencent à mieux paraître pour la fiche de la Sainte-Flanelle, mais bon, vous connaissez sûrement la suite…

Pas aussi faibles que la première ronde mais néanmoins médiocres, l’histoire des rondes 2 à 7 pour Montréal

Graphique courtoise de Jokke Nevalainen, dobberprospects.com, 2020.

Cette image souligne très bien l’importance qu’ont les rondes 2 à 7 dans l’avenir d’une équipe, totalisant près de 63% de tous les joueurs actuellement actifs dans la LNH ayant été repêchés entre 2000 et 2009.

Toujours en est-il qu’obtenir de bons joueurs avec ces choix d’année en année est certes chose difficile même pour les meilleurs recruteurs, sans oublier la bonne dose de chance requise. Mais cette étape du repêchage est aussi le nerf de la guerre de la création et du maintien d’un bon club de hockey.

Or le Canadien a été tout simplement ordinaire dans ce domaine depuis les dix dernières années. Le seul moment de grâce de l’équipe est la sélection de Gallagher en 2010, mais il demeure à ce jour le seul joueur d’impact (2e trio et plus) sélectionné en dehors de la première ronde depuis Subban en 2007.

Pourquoi de tels rendements au repêchage pour les Canadiens de Montréal

Les insuccès de l’équipe s’expliquent en bonne partie par les décisions fautives des recruteurs et de Timmins, aussi simple que cela.

Ceux-ci ont manqué d’innombrables possibilités en gaspillant de hauts choix sur des espoirs qui n’ont jamais rien fait, comme Collberg (33e, 2012), Thrower (51e, 2012) et Zachary Fucale (35e, 2013). N’oublions pas de mentionner non plus certaines décisions complètement ridicules de la direction, dont Koberstein (125e en 2014) et Ruscheinsky (206e en 2019), qui étaient des choix loufoques dès le départ.

À dire vrai, le cadre de politiques d’échanges de l’équipe a aussi beaucoup nui au processus, échangeant beaucoup de choix de deuxième ronde entre 2010 et 2016 (il n’y en avait pas en 2010, 2011, 2014, 2015 et 2016), ce qui a privé le CH de nombreuses opportunités.

Il est vrai qu’une récolte finale de Gallagher, Hudon, Andrighetto, Lehkonen, De la Rose, Evans, Mete, en plus de ce qui s’en vient après le repêchage de 2017, est un bon résultat au niveau de la quantité, meilleur que bien d’autres clubs. Cependant, il y a un sérieux manque de joueurs élites. Certains équipes, par exemple les Blues (Parayko) et les Hurricanes (Aho), sont parvenues à se trouver de véritables joueurs tout-étoiles en plus de cette même quantité qui caractérise les efforts de Trevor Timmins et de Bergevin.

En contrepartie, plusieurs joueurs provenant des rondes 2 à 7 des quatre dernières années ont le potentiel de devenir des rouages importants du Tricolore (Primeau, Romanov, Caufield, Norlinder, etc.), testament d’une nette amélioration du recrutement depuis que Shane Churla a pris sur lui de plus grandes responsabilités, à partir de 2017.

Cependant, ceux-ci n’ont pas encore suffisamment fait leur preuves pour inverser tout à fait une tendance négative qui a commencé au tournant de la décennie et s’est poursuivie jusqu’à tout récemment.

Le club-école des Canadiens de Montréal avant 2018, un immense cimetière des espérances

La LNH n’est pas, et ne sera jamais, une ligue de développement. Ce qui compte c’est de gagner, de combler les attentes des partisans.

Dans ce cas précis, les Canadiens ont tendance, comme le démontrent les cas de Victor Mete et Jesperi Kotkaniemi, à vouloir intégrer certains jeunes trop rapidement dans l’alignement pour pallier à certains manquements des effectifs, aux mauvaises décisions du directeur général.

Et si Marc Bergevin et ses entraîneurs commettent d’autres erreurs en envoyant parfois trop lentement dans la ligue américaine certains joueurs qui éprouvent des difficultés, comme Kotkaniemi l’an passé, cette situation était paradoxalement une bonne chose jusqu’au milieu de la décennie.

Il faut dire qu’il est possible d’identifier le maillon faible par excellence dans la chaîne de développement des joueurs du Canadien de 2010 à 2020: l’échec complet du club-école de la ligue américaine dans sa mission de faire progresser les jeunes.

Sans vouloir critiquer Lefebvre personnellement, le fait est que Gallagher est le seul et unique espoir qui n’ait pas souffert de revers dans son développement pendant les 6 ans où il était entraîneur-chef dans la ligue américaine. Tous les autres ont soit échoué à réaliser leur plein potentiel, ne sont pas devenus des joueurs réguliers dans la LNH, ou ont même visiblement périclité sous Lefebvre.

Il ne faut pas juger le travail de Lefebvre sur une année, même deux, le traitant d’incompétent. Mais le fait que 99+% des joueurs dont il avait la charge ont connu de pareils résultats est suffisant pour que certaines réserves soient émises sur son travail. Et Bergevin a sa part de responsabilité, il l’a gardé en place beaucoup trop longtemps.

Oui, peut-être était Lefebvre était-il seulement victime d’une vaste série de coïncidences, mais avec une telle feuille de route la thèse de l’incompétence crasse est la plus pertinente.

Fatidique conclusion (en fait, pas vraiment)

En ayant écumé de long en large les décisions et événements de la dernière décennie du Canadien de Montréal, il est possible d’infirmer dès à présent les énoncés du sondage de the Athletic.

En effet, le regain de force du recrutement à partir de 2017, porté à bout de bras par de bons jeunes tels Romanov et Caufield, combiné à l’arrivée de Bouchard à la barre du Rocket de Laval et les réformes de l’été 2018 font éviter le pire de justesse aux Canadiens.

À cet effet, il est possible de voir ici cette liste des équipes possédant les meilleurs espoirs.

Si certains incidents de parcours ont eu lieu ici et là, et que les Canadiens ont en général mal fait de 2010 à 2020, l’étiquette du top 3 des pires équipes lorsqu’il s’agit de repêcher et développer des joueurs est en l’occurrence un peu trop lourde à porter. Pour ne nommer que ceux-là, les Devils, les Red Wings, le Wild, ont tous fait bien pire que le Canadien dans cette catégorie.

Une désignation potentielle dans un top 10 des pires franchises en la matière serait plus appropriée, ce qui n’est guère mieux. Surtout si on se remémore la glorieuse histoire des Canadiens, leurs 24 coupes Stanley qui semblent si loin derrière…

Admin Pat
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