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Les infortunes des trente dernières années du Canadien, une histoire de transactions

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Quand un directeur général fait un échange, énormément de facteurs, sur lesquels partisans et journalistes ne peuvent souvent que spéculer, entrent en ligne de compte en plus de la simple valeur des effectifs en question.

Peut-être que le joueur qu’il choisit d’échanger n’est pas apprécié par ses coéquipiers, qu’il est trop fêtard, ou demande lui-même de partir. Peut-être aussi que ce joueur a un problème de consommation, que l’entraîneur ne l’aime pas et ne le fait pas jouer. Ou encore le propriétaire de l’équipe ordonne de réduire le fardeau salarial de son équipe.

Tout cela pour dire qu’il est somme toute difficile d’évaluer objectivement le travail des directeurs généraux lorsqu’il s’agit des transactions. Parfois, ils ont tout simplement les mains liées.

Ceci étant dit, certains échanges se démarquent du lot. Ils sont si incroyablement atroces en terme de valeur pour une des équipes impliquées que l’on ne peut que rester bouche bée devant l’immensité de l’erreur commise, qui parfois frise l’absurde. Pour ces échanges, nulles excuses ne sauraient être suffisantes.

Malheureusement, en se penchant sur l’historique des transactions des Canadiens de Montréal, force est d’admettre qu’ils ont eu leur juste part de revers en la matière.

Voir ici: NHL trade tracker

Une majorité de bons coups, quelques échecs retentissants

D’abord, il apparaît rapidement, en dépouillant la liste des échanges, que nos directeurs généraux étaient très forts pour éviter les faux pas magistraux jusqu’à la fin des années 1980. D’ailleurs, cet acumen, cette capacité à éviter les travers au fil d’innombrables changements de personnel a sûrement contribué à l’énorme succès des Canadiens, aux dynasties.

Par contre, les choses se gâtent grandement à partir de 1990, sous Serge Savard mais principalement sous Réjean Houle.
En fait, si ce n’était de deux transactions abominables dans les années 2000 et d’encore deux autres dans les années 1980, l’intégralité d’un éventuel top 10 des pires transactions de l’histoire de la Sainte-Flanelle aurait appartenu aux années 1990.

C’est dire comme les décisions prises dans cette décennie ont terni la réputation et les performances jusque-là glorieuses de l’équipe, confinant le club à la médiocrité.

Dans le but de ne pas nous laisser aller à un certain réductionnisme et de ne pas exclure dès maintenant toutes les mauvaises transactions datant de temps antérieurs, qui ne font franchement pas le poids face aux plus récentes, nous nous limiterons aux pires échanges des trente dernières années.

Énormément de transactions auraient pu se retrouver sur cette liste (Damphousse, Lemieux, Lumme, Recchi partie 2, Ribeiro, Bure, Smith, Richer et ainsi de suite), mais il fallait faire preuve de concision.

Voici donc le top 5 des pires échanges des 30 dernières années (1990-2020) pour le Canadien

5) 30 Juin 2009 – Bob Gainey

Montréal obtient: Scott Gomez, Tom Pyatt et Michael Busto
New York Rangers obtiennent: Ryan McDonagh, Chris Higgins, Doug Janik et Pavel Valentenko

À son corps défendant, il faut dire que le Canadien de l’époque était en pleine transition et que Gainey voulait changer son noyau de joueurs. Pour parvenir à ses desseins, Gainey en est venu à convoiter Scott Gomez et donc à négocier avec Sather pour obtenir ses services.

Une fois l’échange conclu, les termes dûment négociés, d’autres joueurs importants ont rejoint le Canadien, dont Gionta et Cammalleri. Toutefois, en ne considérant que l’échange lui-même, en oblitérant ses effets potentiels sur le fait d’attirer des agents libres à Montréal, il serait presque plus pertinent de dire que Bob Gainey s’est fait détroussé par Sather dans ce cas-ci.

Un échange simple Higgins-Gomez aurait déjà été difficile à avaler à l’époque vu l’énorme contrat de Gomez par rapport au plafond de seulement $56.8M et à la bonne production d’Higgins.

Quelle horreur que ce contrat. Heureusement que le CH a pu bénéficier du rachat de contrat d’amnistie après le lockout de 2012-2013

En revanche, l’inclusion de McDonagh donne l’avantage aux Rangers de façon complètement ridicule, privant de fait l’équipe des services d’un jeune défenseur d’exception. Il ne faut pas oublier qu’une paire de défenseurs McDonagh-Subban aurait pu se concrétiser sans l’incurie de Gainey en la matière.

4) 29 Octobre 1996 – Réjean Houle

Montréal obtient: Shayne Corson, Murray Baron et un choix de cinquième ronde en 1997 (Gennady Razin)
St. Louis obtient: Pierre Turgeon, Craig Conroy et Rory Fitzpatrick

De prime abord, Réjean Houle visait à donner de la robustesse au Canadien après un début de saison difficile, et il a réussi son pari. Sauf que les joueurs qui ont pris le chemin de St. Louis étaient très largement meilleurs que ceux qu’il a reçu.

Turgeon était un vrai centre de premier trio, excessivement talentueux, pouvait aussi jouer à l’aile, et n’avait que 27 ans en 1996. À lui seul il valait davantage sur une patinoire que tous les joueurs acquis en retour.

De plus, l’ajout de Craig Conroy, qui deviendrait un solide centre de 2e trio et nominé pour le Selke, dans l’échange par-dessus le marché fait de celui-ci non pas une erreur, mais un désastre complet et avéré.

L’exode de talent, commencé vers le milieu des années 1990, ne faisait que prendre de l’ampleur…

3) 29 Juin 1990 – Serge Savard

Montréal obtient: Denis Savard
Chicago obtient: Chris Chelios et un choix de deuxième ronde au repêchage de 1991 (Michael Pomichter)

Cet échange très médiatisé n’a eu lieu que parce que Ronald Corey, le président du CH à l’époque, et la famille Molson, les propriétaires, ont insisté. Malgré ses performances incroyables sur la glace et l’approbation de ses coéquipiers, Chelios était connu pour être un fêtard, et la direction de l’équipe souhaitait conserver sa bonne image auprès des partisans.

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À cause de la crainte infondée des haut-placés du Canadien de heurter les relations publiques (et donc leurs revenus) en ce qui a trait au style de vie de Chelios, l’un des meilleurs défenseurs de toute l’histoire de la LNH, qui jouerait encore près de 20 ans et gagnerait 2 autres fois le Norris, s’est vu expulsé sans détours du club de hockey Canadiens.

Il est vrai que Denis Savard, une légende en soi, comptait parmi l’élite des attaquants de la ligue au moment de l’échange. Mais il était déjà en perte de vitesse et ne jouerait que trois misérables saisons avec Montréal avant de quitter pour d’autres cieux, ce qui rend l’échange d’autant plus inégal.

En plus de ce tout ce cirque, Serge Savard a dû intégrer un choix de repêchage pour faciliter le changement, tournant le fer dans la plaie pour les fans.

2) 9 Février 1995 – Serge Savard

Montréal obtient: Mark Recchi et un choix de troisième ronde au repêchage de 1995 (Martin Hohenberger)
Philadelphia obtient: Éric Desjardins, John Leclair et Gilbert Dionne

Mark Recchi était un incroyable producteur offensif au milieu des années 1990, et indubitablement l’une des têtes d’affiche de la LNH. L’idée de l’acquérir était donc une option tout à fait sensée pour Serge Savard, exception faite bien sûr de la rançon de roi exigée par Bobby Clarke.

Afin d’obtenir les services de Recchi, Desjardins et Leclair, deux jeunes joueurs incroyablement prometteurs, durent être sacrifiés. En outre, ceux-ci s’étaient grandement illustrés quelques années plus tôt, lors de la conquête de la Coupe Stanley de 1993, notamment Desjardins avec son but victorieux en prolongation. Qui plus est, John Leclair montrait les signes avant-coureurs d’une forte éclosion offensive en début de campagne 1993, après des saisons plus difficiles.

En ce sens, les deux constituaient, avec Koivu, le fleuron des jeunes autour desquels le Canadien aurait dû bâtir vers la fin 1990. Au lieu de cela, ils ont été échangés contre une vedette de la LNH dans le but inavoué de donner un peu d’espoir aux partisans, frustrés des défaites répétées des Canadiens.

Leclair s’est découvert un grand talent de tireur en plus de son style de jeu physique chez les Flyers, marquant plus de 50 buts trois fois aux côtés d’Éric Lindros. Inversement, Desjardins est resté le même après la transaction, s’acquittant sans grande pompe des responsabilités de premier défenseur à Philadelphie pendant 11 ans, inscrivant plus de 45 points à 5 reprises en plus d’être incroyablement solide défensivement.

Bien que Recchi ait très bien fait à Montréal, l’échange était inégal dès le départ et n’a fait que se révéler dans toute sa laideur pour le CH avec le temps, un but de Leclair à la fois.

1) 6 Décembre 1995 – Réjean Houle

Montréal obtient: Jocelyn Thibault, Martin Rucinsky et Andrei Kovalenko
Colorado obtient: Patrick Roy et Mike Keane

Cet échange a absolument tout changé.

Si les débuts de temps beaucoup plus durs pour les Canadiens de Montréal dans les 25 dernières années peuvent être attribués à un seul moment (en plus des ratés du repêchage), et bien le voici.

Mario Tremblay, ancien joueur de soutien et nouvel entraîneur fougueux, essaie d’envoyer un message à son gardien de but partant. Patrick Roy encaisse 9 buts dans une défaite de 11-1 contre Detroit le 1er Décembre 1995. Retiré du match en troisième, Patrick Roy quite la glace, des mots enflammés (et excessivement médiatisés) sont proférés envers son entraîneur, et il demande à Ronald Corey d’être échangé.

Moins d’une semaine plus tard son souhait est exaucé et il rejoint l’Avalanche, avec qui il gagne la Coupe Stanley la même saison. Mike Keane le rejoint, un joueur très physique et excellent défensivement.

Il est vrai que Thibault, Rucinsky et Kovalenko étaient de bons jeunes joueurs avec du potentiel à l’époque, mais ils n’arrivaient pas ensemble au quart de l’impact qu’avait Roy sur une équipe quand la pression se faisait sentir.

Dans cette situation Réjean Houle était pieds et poings liés, dos au mur et devait transiger, effectivement, mais cela n’excuse pas le peu qu’il ait réussi à tirer en retour d’un des meilleurs gardiens de buts de toute l’histoire.

Admin Pat
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